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Burundi : après les minerais, les pépinières !

Au nord-est du Burundi, la région minière de Butihinda commence à reverdir. Après avoir causé déforestation et sécheresse, les orpailleurs sont désormais obligés d'avoir des pépinières dans les espaces qu'ils ont exploités. Mais, la plupart des normes environnementales restent mal connues. Au nord-est du Burundi, sur la route en terre battue menant à Kamaramagambo, on aperçoit une colline dont les deux versants caillouteux sont ponctués de tâches vertes. Ca et là, des arbres comme les eucalyptus commencent à reverdir cet espace dévasté par l'exploitation minière. Selon plusieurs habitants du coin, les précipitations qui s'étaient raréfiées semblent redevenir plus régulières. "Actuellement, toutes les associations qui exploitent les mines et les particuliers s'organisent pour protéger l'environnement en aménageant des pépinières. A chaque saison, il y a des plants mis en terre", affirme un responsable d’une association d'orpailleurs qui a requis l’anonymat. Autre avancée : les puits ont été bouchés, ce qui a réduit les accidents de personnes ou de bétails. Associations, particuliers, sociétés minières… Tous sont désormais obligés d’avoir des pépinières et de replanter dans les lieux qu'ils ont exploités . Ce programme a été lancé il y a 5 ans, après que des responsables environnementaux aient tiré la sonnette d'alarme. Les premiers résultats sont là. "Dans notre commune, chaque samedi, les travaux de développement sont liés au sarclage des arbres qui sont en train de grandir. Ces mesures sont productives. Toutes les collines qui ont été surexploitées sont couvertes", assure l’administrateur de Butihinda, commune de la province Muyinga. La région de Butihinda regorge de minerais extraits depuis des années par des orpailleurs et des sociétés privées. Auparavant, personne ne veillait au respect des forêts ou des sols de ces carrières. Par ailleurs, les exploitants laissaient ensuite à ciel ouvert des puits de plus de 800 mètres de profondeur, sans prendre aucune mesure de sécurité pour éviter que les hommes ou les animaux ne tombent dedans. De nombreux arbres et une vaste forêt ombrophile (forêt tempérée humide) de montagne ont ainsi été dévastés par les orpailleurs. "Ils travaillaient de jour comme de nuit sans tenir compte de l'aspect environnemental !", se souvient Mertus Maherezo, point focal du ministère de l’Environnement. Selon Séraphine Mukamakare, mère et grand-mère de 56 ans, habitante de Kamaramagambo, "les conséquences de cette exploitation anarchique sont tombées sur nous… Depuis 15 ans, nous avons commencé à voir de la sécheresse dans notre région, une histoire que je n'avais jamais vécue, même quand j'étais encore jeune !" Mélance Niyonkuru, 62 ans, ancien chef de zone, est du même avis : "Avant qu'on commence à planter des arbres et à boucher les puits, les conséquences subies dépassaient largement les avantages que l'on en tirait…" En raison de cette anarchie, le gouvernement burundais avait délivré des certificats d’exploitation précisant les normes que chaque organisation ou particulier devait suivre, y compris le respect de l'environnement. Néanmoins, nombreux d’entre eux ne l’ont pas fait, le plus souvent par ignorance. Le gouvernement a donc pris la décision, dans un deuxième temps, de suspendre l'exploitation. "Cette mesure vise à préserver la biodiversité conformément aux textes internationaux qu’a ratifiés le Burundi. Bon nombre d'orpailleurs ne connaissent pas ces textes. Pourtant, le respect de l'environnement est une conditionnalité pour tout travail qui doit être fait. Autrement, imaginez ce que l'on aurait d'ici 20 ans en continuant à cette allure… Le désert pur !", s'inquiète le ministre de l’Energie et des mines. Aujourd'hui, l'obligation d'aménager des pépinières divise les exploitants de minerais. Pour certains, c’est une façon pour le pouvoir en place d’exclure une partie d'entre eux et de garder les autres sous son contrôle et sans transparence. D'autres exploitants saluent par contre cette remise en ordre, profitable, selon eux, non seulement à leur profession, mais aussi à l’Etat. Jusqu'ici, en effet, la plupart des recettes issues de l’exploitation ne dépassent pas 1 milliard de Fbu (640 000 $). Pour Aloys Mupira, expert en économie, "ce montant est peu significatif comparé à d'autres secteurs qui ne sont pourtant, a priori, pas aussi consistants que les mines. Il serait donc judicieux de structurer encore ce secteur, pour qu'il rapporte plus au grenier de l'Etat."
 
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